Programmation 2026-2029 - Anticipation - IA - Langue et récit

Programmation 2026-2029

Anticipation – IA, langue et récit

Survol par Eva Quintas et Stéphanie Morissette

Le monde est en effervescence face aux avancées des intelligences artificielles (IA) qui repoussent les limites de tous les domaines, dont ceux de l’expression linguistique et de la construction des récits. Sur le plan du langage humain, les IA génèrent de grands modèles linguistiques qui en reproduisent les nuances et les complexités. Ces outils offrent des perspectives prometteuses pour les milliers de langues du monde considérées comme menacées. La quantité et la qualité des données linguistiques disponibles demeurent cependant des obstacles majeurs.

L’essor des IA génératives interroge aussi profondément les notions de langue, de récit et plus largement d’écriture et de littérature. Les récits fictionnels, de plus en plus nombreux, brouillent les frontières entre l’authentique et le simulé, soulevant des questions fondamentales sur les notions d’invention, de création et de cocréation. L’IA génère-t-elle des récits auxquels nous n’aurions pas pensé? Quelles nouvelles formes narratives émergent de ces collaborations? Quels nouveaux imaginaires fictionnels en découlent?

La cybernétique et la science-fiction constituent des références classiques dans les formes narratives générées par l’IA. Elles ont produit les premières représentations des androïdes et des robots en relation à l’humanité dans une vision tantôt apocalyptique, tantôt empathique de la machine. Aujourd’hui, la représentation fictionnelle de l’IA évolue au rythme des avancées technologiques. Son omniprésence comme son immatérialité nourrissent de nouveaux récits d’anticipation et de mythes sur le futur de l’humanité. « Dans un monde où la société est devenue artificielle, les intelligences artificielles pourraient-elles faire société ? » (Olivier Paquet, Les machines-fantômes, 2019). Comment les notions d’utopie, de dystopie et d’uchronie continuent-elles à façonner l’imaginaire de l’IA?

C’est sous ce thème Anticipation – IA, langue et récit , que TOPO envisage la série d’expositions, d’interventions et de collaborations qui animeront sa saison d’activités de l’automne 2026 à l’hiver 2028-2029.

 

La programmation 2026-2029

Les projets sélectionnés approchent sous différentes formes les rapports à la langue, au langage et au récit revisités par les intelligences artificielles. Les machines à écrire et à transcrire (Béland et Hétu, Meunier) côtoient des dispositifs de poésie générative (Velasco et Langarica). Les modèles linguistiques (LLM) sont investis et déjoués pour faire ressortir le potentiel subversif des langues minorées (Porry). Certains projets s’inspirent d’œuvres classiques de science-fiction (Chiron) alors que d’autres développent de nouveaux récits spéculatifs sous forme installative et performative (Béland et Hétu, Laborare, Laporte, Pesot). La culture de l’internet et des réseaux sociaux révèle quant à elle des langages collectifs en mutation, de nouveaux usages et imaginaires (Hamel).

Certaines œuvres incarnent les tensions et les négociations propres aux relations humain-machine. Plusieurs artistes adoptent une posture critique envers les enjeux sociotechniques des technologies, notamment en questionnant les biais culturels dans les modèles prédictifs et en remettant en cause les modèles classiques liés aux monopoles (Li, Jones, Porry). D’autres cherchent à estomper les frontières humain-machine à travers des relations de compagnonnage avec l’IA, des créations collaboratives et des expériences collectives (Andres, Li, Laborare, Velasco et Langarica). Certains Des artistes connectent les technologies à des écosystèmes écologistes et féministes à travers notamment par des expériences sensorielles engagées (Andres, Laporte). L’humour et le ludisme, tout comme le low tech et l’informatique frugale (Béland et Hétu, Hamel, Li, Meunier), permettent d’entrevoir les IA comme porteuses d’espoir tout en cultivant une distance critique et réflexive face à leur omniprésence. Elles restent un miroir qui construit, à partir de nos données, des représentations numériques de nous-mêmes (Hamel, Meunier, Pesot). Alors que nos images et nos créations sont de plus en plus coproduites avec les machines, les impacts sur l’identité personnelle sont multiples cette dernière devenant de moins en moins fixe, de plus en plus fluide et modulée.

Les artistes explorent ainsi la manière dont les machines interagissent et produisent des formes, des récits ou des comportements, souvent pour questionner notre rapport aux technologies et à la cohabitation entre humains et objets. Il en ressort la conviction que que l’intelligence ne vient pas de l’outil mais de l’utilisateur qui réfléchit sur lui et avec lui.

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Véronique Béland et Julie Hétu - ARCHÉOSTÉNOGRAPHE

→ Exposition en vitrine, Novembre - Décembre 2026

Une machine à écrire préhistorique qui génère des mythes sur le futur de l’humanité.

Le Vrai du Faux - Sébastien Pesot

Sébastien Pesot - Le Vrai du Faux

→ Exposition en vitrine, Janvier - Février 2027

Le Vrai du Faux est une installation vidéo où des avatars générés par l’IA remettent en question les notions d’auteur, d’identité et de vérité à l’ère de la post-vérité.

100 jours de brainrot - Jeanne Hamel

Jeanne Hamel - 100 jours de brainrot

→ Exposition en vitrine, Mars - Avril 2027

Projet de recherche-création fondé sur une collecte quotidienne de mèmes et d’images en ligne pendant cent jours.

settler-native-slave Maurice Jones

Maurice Jones - settler-native-slave

→ Exposition en vitrine, Mai - Juin 2027

settler-native-slave est un projet de recherche-création de longue durée qui entremêle les rythmes de la résistance des communautés noires et autochtones face à l’oppression algorithmique et au colonialisme des données. 

L'Euguélion (version IA) - Hugo Nadeau

Hugo Nadeau - L'Euguélion (Version IA)

→ Résidence de recherche-création, Été 2027

Cinquante ans après L’Euguélionne, l’échiquier du pouvoir est radicalement réarrangé par le féminisme en marche. Mais la Prédation ne concède que pour gagner, et gagner toujours plus. Mille Rome plus tard, la mondialisation de la Voie lactée des trillionnaires ne fait que commencer. Précommandez votre exemplaire de L’Euguélion (version IA), roman kystique, premier succès interplanétaire du livre encore à écrire.

Qui est là ? - Albertine Meunier

Albertine Meunier - Qui est là ?

→ Exposition en vitrine, Septembre - Octobre 2027

L’installation Qui est là ? est une machine à prompter des images IA. Les visiteurs se présentent devant la machine et peuvent taper leur « prompt ». Une image est générée en temps réel sur la base du prompt tapé et apparaît sur l’écran de la machine à prompter.

Syncrétisme synthétique - Olivain Porry

Olivain Porry - Syncrétisme synthétique

→ Exposition en vitrine, Novembre - Décembre 2027

Syncrétisme synthétique met en scène une forme de créolisation linguistique artificielle. Trois agents IA, mobilisant chacun une langue et des références culturelles différentes: anglais standard, créole louisianais et français louisianais. Les machines se corrigent les unes les autres et réécrivent des poèmes artificiels jusqu’à faire émerger une écriture algorithmique, faite de bugs, d’erreurs et de néologismes, qui laisse apparaître les biais et les limites des IA.

TamagotchU - Eyez Li

Eyez Li - TamagochU!

→ Exposition en vitrine, Janvier - Février 2028

TamagotchU est un poisson-globe agentique qui incarne les émotions collectives du public, ainsi que leur part d’ombre.

Immaculée Conception Inc. - Mariane Laporte

Mariane Laporte - Immaculée Conception Inc.

→ Exposition en vitrine, Mars -Avril 2028

Et si la grossesse avait lieu hors du corps biologique ? Une clinique de fertilité invite les futurs parents à établir un lien affectif avec leur foetus en lui racontant une histoire, transformée en images selon leur température corporelle.

Figurations Hantologiques -LABORARE

LABORARE - Figurations Hantologiques

→ Exposition en vitrine, Mai - Juin 2028

Figurations Hantologiques est un triptyque interdisciplinaire se situant au croisement des arts médiatiques et du théâtre. Le projet déploie une série de protocoles expérimentaux pour créer de nouvelles pratiques d’écriture hybride en plaçant les savoir-faire des interprètes (acting) au centre du processus. Le triptyque explore la figure du fantôme et les processus de hantise des humains et des médias à travers les récits de trois femmes vivant en marge de la société, qu’il s’agisse de marge de genre, économique ou géographique.

Spore School - Kelly Andres

Kelly Andres - Spore School

→ Exposition en vitrine, Septembre - Octobre 2028

Spore School est une classe écologique expérimentale où les visiteurs, les lichens, la météo, le langage et l’intelligence artificielle participent à un système d’apprentissage commun. Grâce à une interface interactive, des observations écologiques recueillies localement sont transformées en textes évolutifs, glyphes inspirés des lichens, images et sons, afin d’imaginer ce que pourrait devenir une IA qui apprendrait à prêter attention plutôt qu’à extraire.

D'apres - Arthur-Chiron

Arthur Chiron - D'après

→ Exposition en vitrine, Novembre - Décembre 2028

D’après est une sélection de travaux qui explorent les tensions entre narration, code et cryptographie, où chaque pièce reprend, recompose ou crypte une œuvre littéraire ou plastique existante pour révéler la plasticité du langage. Celui-ci s’y métamorphose tour à tour en liste erratique, palimpseste, anagramme, poème entropique ou méta-cryptographie.  

Alabanza (Jardín Florido) - Lola Langarica et Rodrigo Ramírez Velasco

Rodrigo Velasco & Lola Langarica - Alabanza (jardín florido)

→ Exposition en vitrine, Janvier - Février 2029

Alabanza (Jardín Florido) est un poème qui se déploie en code et invite l’IA à entrer en dialogue avec ses lecteurs : appuyer sur une touche ne permet pas de saisir du texte, mais de faire éclore le poème, transformant chaque geste en pétales. Présentée comme un organisme vivant et multilingue, l’œuvre évolue d’un poème génératif en ligne vers une installation physique mêlant projection, vidéomapping et jardin entretenu. Elle n’est pas seulement conçue pour être lue, mais pour être habitée.